12 août 2022

Le Petit Journal

La vérité, rien que la vérité

RACHID MIMOUNI/ Un enfant de l’Algérie profonde

RACHID MIMOUNI EST UN IMMENSE ECRIVAIN ALGERIEN NE LE 20 NOVEMBRE 1945 DANS L’ANCIEN ALMA, ACTUELLEMENT BOUDOUAOU DANS LAWILAYA DE BOUMERDES. IL EST DECEDE LE 12 FEVRIER 1995 EN France, MALADE ET EN EXILE. A LA SUITE DES MENACES TERRORISTES IL EST PARTI D’ABORD AU MAROC ENSUITE A PARIS POUR DES SOINS. AVANT DE RENDRE L’AME  IL A DEMANDE A SON EPOUSE DE L’ENTERRER  EN ALGERIE.  SA TOMBE SE TROUVE EFFECTIVEMENT  A BOUDOUAOU. CHAQUE 12 FEVRIER  SA FAMILLE ET  SES AMIS SE RECUIELLENT AU CIMETIERE SIDI M’HAMED DE BOUDOUAOU.LES AUTORITES ETAIENT  QUELQUE PEU OBLIGEES DE PARTICIPER. MAIS CETTE ANNEE AUCUNE AUTORITE N’A POINTE SON AU CIMETIERE.UN MEPRIS L’IMMENSE TRAVAIL INTELLECTUEL DE CET ECRIVAIN DE DIMENSION MONDIALE.  

Le  Petit Journal

Nous publions cette biographie de l’écrivain ( en Français et en Arabe) rédigée par notre  ami, Hamoud Ibaouni, ancien journaliste de Liberté.

Rachid Mimouni / Un enfant de l’Algérie profonde

C’est une ruelle boueuse et cabossée qui me mène vers le domicile des Mimouni situé dans la bourgade de BenAdjel , à la rentrée de la ville de Boudouaou , 33 Kms à l’est d’Alger . La maisonnette sobre aux tuiles rouges se distingue facilement au milieu des nouvelles constructions désordonnées sans attrait et mal finies. Ici, l’odeur du béton a remplacé depuis longtemps l’arôme des arbres fruitiers et les senteurs des vignobles . Avant de disparaître du fait de la bêtise des hommes, ces vergers ont ,tout de même, inspiré énormément Rachid Mimouni. D’ailleurs , c’est au milieu d’un jardin fruitier, appelé « Djenane Mimouni » situé à Benrahmoune dans la commune de Corso qu’est né Rachid (son vrai prénom est Mohamed) avant que la famille décide au lendemain de la déclenchement de la révolution de s’établir à BenAdjel dans la commune de Boudouaou (ex Alma).Ici et dans des conditions difficiles ,subsiste et vit la grande sœur de Rachid avec son mari et leurs 12 enfants. les deux autres sœurs ,mariées, habitent également dans les parages . Khalti Zohra , nous reçoit dans sa modeste demeure où son frère , l’un des grands écrivains Algériens à passé la moitié de sa vie. « Regardez , c’est dans cette grange qu’il a commencé à écrire, il s’isole seul dans cet endroit et passe des heures à lire , quand ma mère lui apporte son repas ,elle le trouve souvent endormi.» Ammi Said , le mari et oncle de Rachid à la barbe blanche , intervient pour apporter d’autres témoignages sur l’enfance de l’écrivain « Rachid accompagnait sa mère chez Ambert , le médecin de la ville , ce dernier étonné de l’intelligence de l’enfant , dira un jour, à sa mère :ce gamin est différent des autres , il a un bel avenir , prenez soin de lui Madame » Sa sœur ajoutera que Rachid travaillait, durant jours de repos dans les champs chez les fermiers de la région . « Il était contraint de sacrifier ses vacances pour aider mon père alors employé au ponts des chaussées d’Alger.. Il a fait les vendanges chez Benoit , le maire de l’Alma (Boudouaou) , chez le Rocher ou souvent il faisait la cueillette des feuilles de tabac chez Lambart de Corso , il rentrait chaque soir les habits graisseux , maculés et puant l’odeur du raisin mêlée à l’effluve de la sueur . Fatigué , il s’installe toujours dans cette cet abri pour dormir , un livre à la main » explique sa sœur . Rachid jouait rarement au Football avec les enfants de quartier , il était toujours planqué dans sa grange entrain de lire , souvent accompagné de Aissa son neveu et son seul ami. J’ai rencontré ce dernier chez la deuxième sœur de l’écrivain qui habite , un quartier modeste , à quelques mètres du domicile familial. « Le collège était loin, nous marchons chaque jour plus de 10 Kms pour y arriver. Mais nous étions les meilleurs de la classe , Rachid a pu poursuivre ses études à Rouiba où il a obtenu son 6éme .C’était, je m’en souviens ,à l’époque de l’OAS.. Apres, Il est allé poursuivre ses études à l’école normale de Bouzareah avant de rejoindre Kouba » Selon Allel , un ancien élève des années 57-59 , « Rachid était un élève très brillant , il était toujours le premier de la classe , mais il était très timide et réservé .Il avait horreur des activités sportives » Boualem un autre élève ajoute « au collège , Mimouni comme tant d’autres était considéré comme un rural, et nous avions du mal à supporter qu’un enfant issu d’un pauvre bourg perché sur la colline de l’Alma obtient les meilleures notes. A vrai dire, on était jaloux de sa réussite » A Alger, Rachid rencontre d’autres élèves issus de milieux differents de ceux qu’il a connu et fréquenter au collège de Boudouaou. Même le décors a changé pour Rachid. Ici, les vitrines attrayantes des magasins et les bruits de la grande ville, les femmes plus nombreuses , ont remplacé l’animation propre au fameux souk de Boudouaou où le petit Rachid accompagné de son père ,croisait souvent ces vendeurs de fruits et légumes qui descendent des montagnes avoisinantes , de ces hommes emmitouflés dans des Djellabas et gandouras palabrant devant un troupeau de moutons ou de vaches . Le nouvel environnement ne plait pas trop à Rachid, lui qui aimait la nature ,les arbres de la Mitidja , les monts de Bouzegza ou les vallées vertes qui entourent son village où des petites gens affrontent quotidiennement l’aigreur de la vie. « Je l’accompagne souvent à Bouzareah et il me parle beaucoup plus des randonnées qu’on effectuait ensemble à vélo sur ces montagnes que sur l’ambiance des quartiers d’Alger » témoigne Aissa . Rachid mettra beaucoup de temps pour s’adapter à son nouveau univers , précise Aissa . Sa grande sœur raconte ,les larmes au yeux, qu’elle n’a jamais vu son frère pleurer , sauf ce jour, lorsqu’ il quitta avec ses enfants ,dans la précipitation, le territoire national pour aller « se réfugier » au Maroc « Il est venu nous rendre visite , il pleurait comme un enfant , Rachid n’a jamais voulu quitter l’Algérie , il aimait tellement son pays… » L’un de ses meilleurs copains qui a été aussi son voisin Mohamed Abbou raconte « j’ai connu Rachid en 1971 à l’institut national de production et de développement de Boumerdes(INPED) , on a été ensuite ensemble au Canada et à notre retour, nous avons continué à enseigner ensemble à l’INPED, Rachid donnait des cours sur la gestion des projets avant d’aller à l’école supérieure du commerce vers 1980 » . Avant d’écrire , Rachid collaborait déjà dans « promesses » une revue éditée par le ministère de la culture en plus des « nouvelles » et autres essais parus à l’époque . « Son premier roman « le printemps n’en sera que plus beau » devait s’intituler « jeunesse perdue » c’est en dernière minute que Rachid a opter pour ce titre .Rachid a rencontré d’énormes problèmes pour publier cet ouvrage précise M.Abbou . L’écrivain avait tellement des déboires avec les services de la police de l’époque , au point où il est devenu presque un ami du commissaire de Boumerdes , affirme ses amis « Je me souviens un jour qu’il a été ramené de l’aéroport par les services de sécurité » affirme Mohamed son voisin . Sur sa façon d’écrire, M.Abbou raconte « Mimouni écrit en fonction de son inspiration , il écrit sur plusieurs sujets à la fois , je me rappelle qu’il avait un problème avec son éditeur au sujet de « Tombeza » . L’éditeur lui a demandé un travail sur le « roman » mais Rachid était déjà connecté sur un autre roman » Mimouni était un homme simple et modeste .C’était un enfant de l’Algerie profonde. Il est parti jeune et vite sans terminer l’œuvre qu’il a commencé .Mais il nous a laissé des ouvrages précieux et inestimables notamment une trilogie considérée comme un chef d’œuvre de la littérature.

Ibaouni Hamoud

Traduction à l’arabe : Slimane Demri

 رشيد ميموني، ابن الجزائر العميقة،

Rachid Mimouni : un enfant de l’Algérie profonde (arabe-Francais)

هي زنقة موحلة ومعوجة تلك التي احالتني الى سكن عائلة ميموني الواقع في قرية بن عجال في مدخل مدينة بودواو، 33 كلم شرق العاصمة الجزائر . البيت الصغير والمتواضع ذو القرميد الأحمر، يمكن تمييزه بسهولة في وسط بناءات حديثة فوضوية غير جذابة وغير مكتملة . هنا، ومنذ زمن، عوضت رائحة الاسمنت عبير الاشجار المثمرة ورائحة حقول العنب.

قبل ان تختفي بسبب حماقة الانسان، فإن تلك الحقول شكلت مصدر إلهام لرشيد ميموني.ففي وسط بستان للأشجار المثمرة ، يطلق عليه اسم « جنان ميموني » , الذي يقع في بن رحمون ببلدية قورصو، ولد رشيد ميموني (اسمه الحقيقي محمد)، قبل ان تقرر عائلته الانتقال ، غداة اندلاع ثورة التحرير ، الاستقرار في المكان المسمى بن عجال في بلدية بودواو (ألما سابقا).

هنا، وفي ظروف صعبة، تعيش أخت رشيد الكبرى مع زوجها وابنائهما الاثني عشرة (12). اختيه الأخريين والمتزوجتين، تعيشان بدورهما غير بعيد عن هذا المكان. خالتي الزهرة، تستقبلنا في بيتها المتواضع، حيث أمضىاخوها،وهو واحد من اهم الكتاب الجزائريين، نصف حياته. « انظروا، ففي هذا الاسطبل بدأ الكتابة، فكان ينزوي لوحده في هذا المكان ويمضيساعات في القراءة. فعندما تأني أمي لتحضر له وجبة الاكل، غالبا ما تجده قد نام « .

عمي السعيد، زوجها ، ذو اللحية البيضاء، يتدخل ليضيف شهادة عن طفولة الكاتب: « رشيد كان يرافق امه عند امبيرAmbert، طبيب المدينة . هذا الأخير المنبهر بذكاء الطفل، قال لها يوما، هذا الطفل متميز عن باقي الأطفال، وله مستقبل واعد ، فاعتني به سيدتي » .

تضيف اخته ان رشيد كان يعمل أيام الراحة لدى ملاك الأراضي في المنطقة. « كان عليه ان يعمل في فترات العطلة، لمساعدة ابي الذي كان عاملا في شركة صيانة الطرق للجزائر العاصمة. وهكذا فقد عمل في حملات قطف العنب عند بينوا Benoit، رئيس بلدية ألما (بودواو) ، ولدى روشي، حيث كان غالبا ما يقوم بقطف محصول التبغ عند لمبيرLambert في قورصو. كان يعود الى البيت كل مساء وملابسه تنبعث منها رائحة العنب الممزوجة برائحة العرق. وهو متعب كان دائما يأخذ مكانه في هذا المأوى لينام وكتاب بين يديه. »، تشرح اخته.

رشيد كان نادرا ما يلعب كرة القدم مع أطفال الحي، فكان ينزوي باستمرار في اسطبله ليقرأ. وغالبا ما كان يرافقه ابن اخته، رفيقه الوحيد.

التقيت هذا الأخير عند أخت رشيد الثانية، التي تقطن في حي متواضع، على بعد امتار من البيت العائلي،الذي أوضح ان  » المدرسة كانت بعيدة، وكنا نمشي يوميا اكثر من 10 كيلومترات للوصول اليها.لكن كنا الاحسن في القسم. رشيد تمكن من مواصلة الدراسة في رويبة، اين تحصل على مستوى السادسة (6 meme). أتذكر ان ذلك كان في فترة منظمة الجيش السريةOAS. بعد ذلك انتقل الى مدرسة تكوين الأساتذة ببوزريعة قبل ان يلتحق بالقبة « .

حسب سعيد، تلميذ سابق في سنوات 57-59، « رشيد كان تلميذا نجيبا للغاية وكان دائما الأول في القسم ، لكن كان خجولا ومتحفظا . وكان يكره النشاط الرياضي « . يضيف بوعلام، وهو تلميذ اخر بدوره، » في المدرسة، كان ميموني على غرار باقي

التلاميذ ينظر اليه على انه بدوي، وكان صعبا عنا ان نتقبل ان طفلا من قرية فقيرة مرمية في أعالي هضبة ألماAlma ، ان يتحصل على أحسن العلامات. وفي الحقيقة كانت تنتابنا الغيرة من تفوقه ».

في العاصمة، رشيد يلتقي تلاميذ اخرين من أوساط متنوعة، مختلفين عن هؤلاء الذين عرفهم واحتك بهم في المدرسة ببودواو. فحتى الديكور تغير على رشيد. فهنا، مظاهر واجهات المحلات الجذابة، وضجيج المدينة و كثرة النساء، عوضت خصوصية نشاط سوق بودواو الشهير، حيث كان الطفل رشيد، مرفوقا بابيه، يتقاطع مع باعة الخضر والفواكه القادمين من الجبال المجاورة، ،ومع رجال بجلاليبهم وقشاشيبهم، وهميدردشون بجانب قطعان الكباش والابقار.

البيئة الجديدة لم تعجب رشيد الذي كان يحب الطبيعة، وأشجار متيجة، جبال بوزقزةو تلك الاودية الخضراء التي كانت تحيط بقريته، حيث كان ناس بسطاءيواجهون يوميا مرارة الحياة.

 » كنت ارافقه مرارا الى بوزريعة، وكان يحدثني اكثر عن تلك الجولات التي كنا نقوم بها معا بالدراجات الهوائية الى تلك الجبال، منه عن شوارع العاصمة »، يقول عيسى. ويضيف:  » رشيد أمضى وقتا طويلا لكي يتمكن التأقلم مع محيطه الجديد ».

تضيف اخته الكبرى، والدموع تسيل من عيونها، أنها « لم ترى يوما اخاها يبكي، باستثناء ذلك اليوم الذي غادر فيهارض الوطن على عجل، رفقة أبنائه، ليلجأ الى المغرب. جاء ليزورنا وكان يبكي كالطفل. رشيد لم يكن ابدا يرغب في مغادرة الجزائر . كان يحب وطنه حباشديدا ».

واحد من احسن رفقائه ، وهو جاره في نفس الوقت، محمد عبو، يقول،  » عرفت رشيد سنة 1971 في المعهد الوطني للإنتاجية والتنمية ببومرداس ، ثم انتقلنا معا الى كندا، وعند عودتنا واصلنا التدريس معا في هذا المعهد. رشيد كان يقدم دروسا في تسيير المشاريع، قبل ان ينتقل الى المدرسة العليا للتجارة ، حوالي سنة 1980.

قبل ان يبدأ الكتابة، رشيد كان يتعاون مع « Promesses »، وهي مجلة تصدر عن ا وزارة الثقافة ، إضافةالى « les nouvelles » ، واسهامات اخرى نشرت في تلك الفترة.

« روايته الأولى،  » الربيع لن يكون إلا اكثر جمالا » (le printemps n’en sera que plus beau) ،كان من المفروض ان تصدر تحت عنوان « شباب ضائع »، لكن تم تغيير العنوان في اخر لحظة .

رشيد اعترضته صعوبات كبيرة لنشر هذا الكتاب ، يوضح السيد عبو.

« من كثرة المضايقات التي كانت تلاحقه من طرف شرطة تلك الفترة، الى درجة انه كاد ان يصبح صديقا لمحافظة بومرداس، عدة مضايقات كانت تعترضه مع شرطة تلك الفترة » يضيف اصدقاؤه. « أتذكر انه في احدى الأيام، تم اقتياده من المطار من طرف مصالح الامن »، يضيف جاره محمد.

حول طريقته في الكتابة، يقول السيد عبو أن ميموني  » يكتب حسب حالة الإلهام التي تنتابه، ويكتب حول عدة مواضيع في نفس الوقت. أتذكر مرة اعترضه مشكل مع الناشر في موضوع  » طمبيزا »، الذي طلب منه بعض الاعمال فيما يخص الرواية ، لكن رشيد كان قد انتقل وانطلق في كتابة رواية اخرى « .

ميموني كان انسانا بسيطا ومتواضعا. كان ابن الجزائر العميقة . غادر الحياة شابا وبسرعة ، دون ان يتمكان من إنهاء اعماله التي كان قد شرع فيها . لكن ترك لنا اعمالا ثمينة، خاصة منها ثلاثية ، تعتبر تحفة أدبية .

إباوني حمود

ترجمة للعربية: سليمان دمري